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Comment choisir un jeu de société pour une personne vivant avec une forme de démence ?

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Les jeux de société peuvent conserver tout leur sens au fil de l’évolution de la maladie. Ils offrent des occasions de créer du lien avec ses proches, de partager des moments agréables et de mobiliser les capacités préservées dans un cadre familier et bienveillant.

L’essentiel n’est pas simplement de choisir un jeu « facile », mais de trouver un jeu adapté aux centres d’intérêt de la personne, à ses capacités préservées et le stade d’évolution de la maladie.
 

Des travaux récents du Pr Philippe Robert, spécialiste de la maladie d’Alzheimer, ainsi que des études de la Dre Rachel Wu sur le vieillissement en bonne santé, suggèrent que des jeux de société choisis avec soin peuvent contribuer au bien-être, à la mobilisation des capacités cognitives et au maintien des liens sociaux chez les personnes âgées. Sans constituer un traitement de la démence, ils peuvent être des activités non médicamenteuses utiles pour soutenir la qualité de vie.

Qu’est-ce que la démence ?

La démence n’est pas une maladie unique. Ce terme désigne un ensemble de troubles qui affectent progressivement la mémoire, la pensée, le comportement et la capacité à accomplir les activités du quotidien.

Si les troubles de la mémoire en sont souvent le symptôme le plus connu, la démence peut aussi affecter :

  • L’attention
  • Le langage
  • La planification et la prise de décision
  • La résolution de problèmes
  • L’orientation dans le temps et dans l’espace
  • Le comportement et la motivation
Comment choisir un jeu de société pour une personne vivant avec une forme de démence ?

Les différentes formes de démence n’affectent pas toutes les personnes de la même manière, et chacun vit la maladie à sa façon.

La maladie d’Alzheimer est la cause la plus fréquente de démence. Selon le Pr Philippe Robert, professeur de psychiatrie à l’Université Côte d’Azur, directeur du Centre mémoire de ressources et de recherche (CMRR) du CHU de Nice et de l’équipe de recherche CoBTeK, elle ne doit pas être considérée uniquement comme un trouble de la mémoire.

Ses travaux montrent que la maladie peut aussi affecter la motivation, les émotions et la participation à la vie sociale, notamment à travers l’apathie. Celle-ci se manifeste par une diminution de l’initiative, de l’intérêt et des comportements orientés vers un but ; elle se distingue de la dépression. Cette compréhension plus large de la maladie conduit à accorder davantage de place à la qualité de vie et aux approches non médicamenteuses, en complément des traitements médicaux.

Comment la démence peut-elle modifier l’expérience de jeu ?

À mesure que la démence évolue, certains aspects des jeux de société classiques peuvent devenir plus difficiles. Les joueurs peuvent notamment rencontrer des difficultés pour :

  • Se rappeler des règles
  • Suivre une succession d’étapes
  • Reconnaître des symboles ou des couleurs
  • Prévoir à l’avance
  • Maintenir leur attention
  • Manipuler des petits éléments
  • Gérer la pression liée au temps

Ces difficultés varient beaucoup d’une personne à l’autre et peuvent évoluer avec le temps. Rencontrer des difficultés avec un jeu donné ne signifie pas que la personne ne peut plus prendre plaisir à jouer. Il suffit parfois d’adapter le jeu ou la manière de le présenter.

Quelles mécaniques de jeu sont les plus adaptées ?

Il n’existe pas de jeu « idéal » pour toutes les personnes vivant avec une forme de démence. Le choix dépend des centres d’intérêt de chacun, de ses capacités et de l’évolution de la maladie. Certaines caractéristiques peuvent toutefois guider ce choix.

Des thèmes familiers

Les jeux qui s’appuient sur des objets du quotidien, des notions familières ou des souvenirs partagés sont souvent plus faciles à comprendre et peuvent avoir une résonance affective particulière.

Une difficulté progressive

Commencer par une version plus simple, puis augmenter progressivement la difficulté, permet aux joueurs de réussir et de garder l’envie de jouer.

Des règles simples et courtes

Les jeux qui proposent un objectif clair et peu de règles réduisent la charge cognitive et facilitent la participation.

Des éléments de jeu grands et faciles à manipuler

Des cartes aux textes plus grands, des pièces plus épaisses et de bons contrastes visuels améliorent le confort de jeu et favorisent l’autonomie.

Des jeux qui favorisent la coopération et les échanges

Les jeux qui invitent à discuter, à raconter des histoires ou à coopérer peuvent être particulièrement intéressants, car ils privilégient les échanges plutôt que la performance.

À mesure que la maladie évolue, la façon de jouer peut changer. Gagner compte souvent moins que participer. La réussite d’une partie ne se mesure alors pas au score final, mais à la qualité du moment vécu ensemble.

Choisir le jeu adapté

Pour choisir un jeu de société, posez-vous les questions suivantes :

  • Ce jeu correspond-il aux centres d’intérêt de la personne ?
  • Les règles sont-elles faciles à comprendre ou peuvent-elles être simplifiées ?
  • Le niveau de difficulté est-il adapté : ni trop facile, ni trop difficile ?
  • Les éléments de jeu sont-ils faciles à voir et à manipuler ?
  • Le jeu favorise-t-il des échanges positifs entre les joueurs ?

Si vous répondez oui à ces questions, vous avez probablement trouvé un bon point de départ. Privilégiez ensuite les jeux qui s’appuient sur les capacités préservées de la personne. Vous favoriserez ainsi des moments de jeu agréables et valorisants.

Voici, par exemple, une sélection de jeux qui peuvent convenir. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter nos guides de jeu.

  • Dobble Giant
  • Dixit, sans la pression de devoir trouver une seule réponse « correcte ».
  • Déblok!, avec des niveaux de difficulté progressifs.

Les jeux comme approches non médicamenteuses
 

Pendant longtemps, l’accompagnement des personnes vivant avec une forme de démence s’est surtout concentré sur les capacités altérées. Les travaux du Pr Philippe Robert ont contribué à faire évoluer cette approche, en accordant davantage d’attention aux capacités préservées et à la qualité de vie.

Les recommandations cliniques accordent une place croissante aux activités structurées qui ont du sens pour la personne, mobilisent ses capacités préservées et évitent de la mettre régulièrement en situation d’échec. Les jeux de société peuvent s’inscrire dans cette approche lorsqu’ils sont adaptés à ses capacités et à ses centres d’intérêt.

Les jeux de société sont de plus en plus envisagés dans le cadre d’approches non médicamenteuses. Ces approches visent à mobiliser les capacités préservées et à soutenir le bien-être grâce à des activités qui ont du sens pour la personne, favorisent les interactions sociales et sollicitent les fonctions cognitives.

Les recherches du Pr Robert suggèrent que les jeux de société adaptés peuvent :

  • Favoriser l’engagement émotionnel
  • Encourager les interactions sociales
  • Contribuer à réduire l’apathie
  • Renforcer les liens entre les personnes vivant avec une forme de démence et leurs aidants

Et surtout, le jeu permet de porter son attention sur la personne, au-delà de la maladie. Autour de la table, les conversations peuvent laisser de côté les rendez-vous, les symptômes et les soins pour faire place aux échanges, aux rires et aux souvenirs partagés.

  • Robert, P. et al. (Game in Lab research project). Cognitive, Adaptation, Behavior: study on adapted board games for people living with Alzheimer’s disease.
  • Robert, P. et al. (2020). Recommendations for the Nonpharmacological Treatment of Apathy in Brain Disorders. The American Journal of Geriatric Psychiatry.
  • Robert, P. et al. (2018). Is it time to revise the diagnostic criteria for apathy in brain disorders? European Psychiatry.
  • Wu, R., Farias, I. et al. Improving Older Adults’ Cognitive Abilities, Motivation and Well-being via Learning New Board Games.
  • Burns, A., & Robert, P. (2019). Dementia Care: International Perspectives.
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